« L’emballage ne fait pas sa révolution, il suit nos modes de vie qui doivent changer radicalement ». Pour Arnaud le Berrigaud, expert en emballages, alors que les fausses idées pullulent en la matière, les marques ont tendance à faire beaucoup trop de bruits sur ce sujet. Selon lui, l’enjeu ultime de l’innovation serait de repenser l’usage de nos produits préconditionnés sans emballage. Un mouvement qui questionne au plus profond notre modèle de société et pour lequel les protagonistes ne sont pas toujours prêts. Dans tous les cas, pour lui une certitude, sans contraintes, ce sujet n’avancera pas.
Qui êtes-vous ?
Je travaille sur le développement packaging depuis 25 ans. Après avoir travaillé pour un groupe plasturgiste allemand, j’ai créé une société de conseil afin d’accompagner les industriels. Depuis 10 mois, j’ai rejoint une entreprise, Re-uz, dans le secteur du réemploi et je donne en parallèle des cours dans des écoles d’ingénieurs et réalise des conférences.
Face aux pressions liées à l’urgence environnementale, l’industrie alimentaire dans son ensemble est contrainte de repenser ses pratiques en matière d’emballage. Un sujet particulièrement complexe qui questionne les fonctionnalités mêmes de nos emballages et nos paradoxes de consommateurs. Avez-vous le sentiment que le sujet progresse vraiment ?
Sur ce sujet, je distingue 3 types d’acteurs : les startups qui ont ça dans le sang, mais qui n’ont pas beaucoup de moyens. Les PME qui sont en mode « j’attends de voir ce qui se passe » et qui de temps en temps se lancent dans de petites actions. Enfin, les très gros groupes, obligés de s’engager par rapport à leur réputation de marque. Ces derniers ont surtout l’argent pour financer l’expérimentation et espérer compenser ce qu’ils ont généré en amont. Les autres entreprises vont se contenter de copier ce qui a été expérimenté et financé par ces grosses entreprises.
Dans la réalité, ce qui avance, ce sont les écrits, les promesses et quelques innovations ou plutôt quelques expérimentations. Il faut avoir en tête que beaucoup d’acteurs vivent de l’emballage y compris dans les médias non spécialisés et n’ont pas vraiment intérêt à l’attaquer.
Pourquoi produit-on encore des emballages ?
Les emballages nous sont imposés par nos modes de consommation qui sont encore concentrés à 80% dans la grande distribution. Ils sont une réponse à un certain nombre de fonctions : protection, conservation, information, sécurité alimentaire…
Pas toujours simple d’arbitrer comme ici entre circuit-court et emballage.
Vrac et réemploi ? Où en sommes-nous ? Quelles perspectives pour ces secteurs ?
Par la porte ou par la fenêtre, ça va arriver ! Avec la réglementation européenne, nous n’avons pas le choix et un % des surfaces de vente sera dédié à des produits vendus sans emballage. Le VRAC, est plutôt stable, mais le Covid lui a fait énormément de mal. C’est compliqué à mettre en place pour les consommateurs, car c’est une nouvelle logistique et des contraintes. Même situation pour le réemploi. Pour l’instant, il y a de nombreuses expérimentations en place avec des bocaux, des barquettes en inox ou en plastique, et ce sur de nombreux marchés concernés : restauration hors domicile, livraison à domicile, cantines… Cela risque d’être plus compliqué pour les GMS, sauf peut-être pour les bouteilles en verre si on arrive à avoir des conditionnements standards comme dans d’autres pays.
Croyez-vous au retour de la consigne ?
Soyons clairs, écologie sans économie, ça ne fonctionne pas. Les arguments environnementaux ne sont pas suffisants. Pour que cela fonctionne, il faut proposer de l’argent pour inciter à rapporter les bouteilles comme en Allemagne.
Sur ces sujets d’emballage, faut-il s’en remettre aux pouvoirs publics et au législateur pour accélérer vraiment ?
En dehors d’une petite partie de la population qui est dans cette dynamique- là et qui va le faire naturellement, en effet, sans contraintes, cela ne fonctionne pas. Le consommateur aujourd’hui, c’est le prix au kilo et au litre qu’il regarde. Que ce soit du plastique ou du carton, ce n’est pas son truc. D’autant plus que le fait de lui dire que tout va dans le bac jaune et sera recyclé, finalement, ça lui va plutôt bien.
Sous la contrainte, les comportements ont évolué.

La communication sur le tri nous invite à jeter sans aucun effort 100% de nos emballages dans le bac jaune pour encore plus de sérénité sur la question ( source : Communication du SMITOM-LOMBRIC – 77)
Vous avez déclaré « L’emballage ne fait pas sa révolution : il suit nos modes de vie qui doivent changer radicalement ». Sur Linkedin, vous interpellez avec des questions pragmatiques qui challengent nos habitudes. Est-ce la clé pour faire avancer le sujet ?
Arnaud le Berrigaud interpelle sur le sujet complexe des emballages via son compte Linkedin.
J’utilise cette technique pour deux raisons. La première, c’est pour secouer un petit peu le cocotier. La deuxième raison, c’est pour inciter les gens à répondre et récolter des réponses ou des avis. Je trouve cela très riche. Néanmoins, il y a des innovations très pertinentes et je les mets en lumière parfois. D’autres en parlent déjà très bien et suffisamment donc je prends mon bout, c’est-à-dire relever des points d’amélioration restants.
On évoque souvent le consommateur comme prétexte pour ne pas changer ? Ne manque-t-on pas d’audace pour aller à l’encontre de ses habitudes ou de ses petits caprices ?
Quand on regarde une ACV complète, l’emballage (sauf pour les bouteilles d’eau), c’est entre 5 et 9 %. Si on veut faire quelque chose pour l’environnement, c’est surtout ce qui est à l’intérieur qu’il va falloir modifier. Et l’emballage suivra.
Maintenant, prenons l’exemple du sucre. Plus on apporte de la fonctionnalité au consommateur (bec verseur en alu, Tetra Pak avec un bouchon en plastique…), plus on apporte de la complexité de production et de la complexité au niveau du recyclage. Nous devons questionner l’utilité de ces options et travailler à simplifier au maximum pour sortir de l’emballage complexe.
Faut-il céder obligatoirement à tous nos caprices de consommateurs ?
Parfois, on a l’impression qu’on est devenu les experts pour déplacer les problèmes. L’emballage est-il devenu le royaume des fausses bonnes idées ?
C’est l’exemple du carton vs le plastique. Afin de lutter absolument contre le plastique, se réfugier sur du carton ou du verre, au fond, cela ne règle pas le problème de fond, cela le déplace. On peut ainsi se retrouver avec des emballages beaucoup plus lourds avec une empreinte environnementale pire qu’avec le plastique en termes d’ACV. On trouve également des solutions hybrides avec du carton complexé avec plastique que j’appelle le ‘carstique », une aberration quand ils sont inséparables. Encore une fois, ce qui compte c’est de challenger le conditionnement en lui-même.

La paille : exemple parfait de l’effet rebond ou fausse bonne idée. Plutôt que de la supprimer, on rivalise de créativité pour identifier des alternatives alors que cela ne sert (globalement) à rien ! (Photo Martin Parr)

En fait, le sujet de l’emballage questionne avant tout notre modèle de société ?
En effet, il suit nos modes de consommation qu’il est nécessaire de repenser. Au fond, le challenge de l’innovation, c’est de penser un produit qui ne nécessiterait pas d’emballage.
Prenons l’exemple de Pepsi qui a racheté SodaStream, des machines pour faire de l’eau gazeuse à la maison. On peut continuer à boire du Pepsi sans le plastique des bouteilles généré et transporté aux quatre coins du monde. On peut appliquer cette logique au lait d’amandes ou encore aux gels douche.

Le changement d’usage, véritable levier pour agir sur le sujet des emballages, comme ici avec le Ferme des Glycines.
Fanfaronner à coup de communication pour « juste » communiquer sur un emballage moins polluant a-t-il vraiment un sens ?
La question des emballages, pour Mcdo, c’est plié !

Mentos communique sur une boîte de chewing-gum en carton : so what ?
Absolument pas ! Je préférerais que l’entreprise parle de ce qu’elle fait en interne pour ses employés plutôt que de communiquer sur « un emballage qui est bon pour la planète ». Je ne supporte plus !







