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Dans cette nouvelle série « 5 questions pour nourrir l’avenir », je reçois des personnalités qui nous partagent leur vision dans des entretiens à la fois courts et éclairants.
Multi entrepreneur engagé dans des initiatives comme Slow Food ou la fondation Jamie Oliver, Édouard Morhange est un observateur attentif des mutations de notre alimentation et un défenseur du bien manger. Fondateur de la place de marché alimentaire Épicery (fermée depuis fin 2024), il partage son regard sur les défis actuels et les leviers d’innovation à exploiter. Pour lui, l’heure est à la réinvention de notre alimentation, avec davantage d’ouverture vers l’international. Il prône également une vision tournée vers l’avenir, plutôt qu’une certaine nostalgie qui peut vite nous enfermer.
Quel regard portes-tu sur le monde actuel ?
Nous vivons un basculement : l’acronyme VUCA (volatile, incertain, complexe et ambigu) a laissé place à BANI (fragile, anxiogène, non linéaire et incompréhensible). Dans ce monde, on peut soit se replier, soit considérer que ces mutations offrent des opportunités aux acteurs capables d’innover et d’apporter des solutions concrètes. Je fais partie de ce camp et reste optimisme.
Quels sont les grands défis de l’agriculture et de l’alimentation aujourd’hui ?
Ils restent ceux définis par Slow Food en 1989 : une alimentation bonne (saine et gustative), propre (écologiquement responsable) et juste (assurant une rémunération équitable aux producteurs). Aujourd’hui, un défi supplémentaire s’est imposé : la lutte contre l’ultra-transformation.
Tu t’es récemment exprimé sur le salon Gulfood à Dubaï. Pourquoi, selon toi, l’alimentation de demain s’y dessine-t-elle aussi ?
Ce salon offre un angle très différent de ceux que l’on connaît en Europe, comme le SIAL ou le SIRHA. Il est ancré dans des territoires où l’alimentation repose davantage sur le végétal et où l’innovation n’est pas marginalisée mais pleinement intégrée. Là-bas, les perspectives sont résolument tournées vers l’avenir, avec une vision positive et dynamique du secteur alimentaire, à la différence d’un certain attachement au passé que l’on retrouve en Europe et en particulier en France.
Quel signal faible observes-tu qui pourrait être porteur d’avenir ?
Le rapport des jeunes générations au travail. Il y a quelques années, ils rêvaient de grandes entreprises ; aujourd’hui, ils recherchent du sens et privilégient les startups ou l’entrepreneuriat. Cela représente un énorme défi pour les grandes marques qui doivent repenser leur attractivité et leur impact sociétal pour rester compétitives.
Quel est, selon toi, le meilleur endroit pour avoir un impact dans l’alimentation aujourd’hui ?
Il n’y en a pas un seul : les enjeux sont globaux. Mais la France possède des atouts majeurs : des chercheurs et ingénieurs de haut niveau, une histoire gastronomique forte, et un savoir-faire agricole reconnu. Nous avons les compétences et les ressources pour porter des innovations à impact mondial.
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Une marque ou un projet qui change la donne ?
Je citerais French Bloom, un vin pétillant sans alcool créé par un entrepreneur issu du champagne. Ils ont vendu 500 000 bouteilles en quelques années et sont présents dans 60 pays. C’est un bel exemple de réinvention d’un produit patrimonial pour répondre aux évolutions des modes de consommation.
Une innovation particulièrement remarquable ?
Yuka. Cette application a réussi à rendre compréhensible une information complexe et a provoqué une évolution non seulement des comportements des consommateurs, mais aussi des recettes des industriels. C’est une vraie réussite en matière de transformation alimentaire.
Une personnalité inspirante ?
Jamie Oliver. Son engagement pour l’éducation alimentaire, notamment à travers sa fondation, a eu un impact concret sur les cantines scolaires et la réglementation sur la publicité des produits ultra-transformés. Il incarne une capacité à mobiliser sur des enjeux essentiels.

