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Dans cette nouvelle série « 5 questions pour nourrir l’avenir », je reçois des personnalités qui nous partagent leur vision dans des entretiens à la fois courts et éclairants.

Après une carrière dans de grands groupes agroalimentaires (Mars, Kronenbourg, Elior), Jean-Philippe Querard a co-fondé le collectif Pour une Agriculture du Vivant, puis FoodBiome, une entreprise à mission qui œuvre à restaurer le lien alimentation-territoire en bâtissant les infrastructures des chaînes alimentaires de proximité. Dans cette interview, cet acteur engagé de la transition alimentaire, nous partage son regard sur les enjeux systémiques de l’agriculture et de l’alimentation et les pistes de solutions à mettre en place pour une alimentation plus résiliente. Selon lui, le Covid aura été un révélateur de notre vulnérabilité, mais peu de choses ont bougé depuis. Sa boussole ? La reconnexion au vivant, et le réancrage au plus proche des territoires.
Quel regard portes-tu sur le monde d’aujourd’hui ?
Nous faisons face à un double défi culturel. D’un côté, une tension entre technocentrisme et reconnexion au vivant. De l’autre, une opposition entre une société du « je » (individualisme, narcissisme) et une société du « nous » (cohésion collective, valeurs partagées). Ces deux axes permettent de décrypter les tensions actuelles et de définir une vision plus harmonieuse du futur.
Quel est selon toi l’enjeu des enjeux en matière d’agriculture et d’alimentation ?
L’alimentation est un système complexe, mais agir en parallèle sur trois pivots est essentiel dans une perspective de « santé globale » :
- La microbiologie des sols, qui impacte la fertilité, la biodiversité, le cycle de l’eau, la captation de carbone.
- La diversité dans l’assiette, indispensable pour la santé et la richesse nutritionnelle nécessaire à notre microbiote.
- Le lien aux territoires, pour créer des filières courtes, circulaires et résilientes.
Depuis la crise du Covid, la résilience alimentaire a-t-elle progressé ?
Gilets jaunes, Covid et Ukraine sont trois crises qui nous rappellent combien nos liens aux territoires sont précieux. Le Covid a été un révélateur de notre vulnérabilité, mais peu de choses ont bougé. La guerre en Ukraine et les crises climatiques soulignent encore davantage la nécessité de reconstruire des filières locales et diversifiées. L’enjeu de demain est de déspécialiser nos modèles agroalimentaires et agricoles pour renforcer la résilience territoriale.
Quel signal faible observes-tu qui pourrait transformer nos systèmes ?
L’eau est un levier émergent. C’est une ressource de plus en plus critique en quantité et en qualité. Elle est directement liée aux pratiques agricoles, à l’urbanisation et à la pollution. Elle peut aussi devenir un moteur économique pour financer la transition agroécologique. Des initiatives comme Terre de Sources à Rennes montrent que des modèles de financement par l’eau peuvent encourager des pratiques plus vertueuses et sensibiliser le grand public.
Comment faire évoluer nos comportements alimentaires ?
Le changement ne viendra ni de la peur, ni de la culpabilisation, mais du plaisir. Retrouver le goût de la diversité, du fait maison, d’une alimentation vivante et riche en nutriments est essentiel. La clé repose sur la cuisine, une cuisine accessible et simple, qui redonne du sens aux produits et au partage. Former les consommateurs et les restaurateurs à une cuisine engagée est un enjeu stratégique pour transformer durablement nos habitudes alimentaires.
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1 Marque, 1 entreprise ou 1 projet qui change vraiment la donne ?
Aucune marque ou aucun projet ne peut à lui seul changer la donne. Une coopération organique d’acteurs de nature et d’échelle différentes est indispensable. C’est à cette vision que FoodBiome souhaite contribuer.
1 Innovation particulièrement remarquable ?
L’arbre ! Il stimule la biodiversité, le cycle de l’eau et du carbone… What else !
1 Personnalité particulièrement inspirante ?
Edgar Morin, pour son approche systémique et humaniste des transitions.
