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Au restaurant, en matière de menus enfants, c’est souvent une assiette jaune avec frites, nuggets ou encore cordon bleu. Dans une interview pour StripFood, Annie Llorca, autrice de l’étude Foodiclopédia – Le Guide Famille réalisée avec Depure Expérience, pousse un véritable coup de gueule sur l’état des menus enfants et sur la nécessité de repenser l’offre destinée aux plus jeunes. Entre standardisation, manque de diversité et opportunité business inexploitées, elle plaide pour une révolution de l’expérience familiale en restauration. Selon elle, ce ne serait pas tant une histoire de demande que de propositions et de valorisation d’offres alternatives.

Annie Llorca, Directrice-fondatrice chez Layer Cake
Frites, nuggets et soda : comment en est-on arrivés là ?
« Quand on parle d’éducation alimentaire, on parle de plaisir, de transmission, pas de régime ou d’interdits. Et aujourd’hui, qu’est-ce qu’on propose aux enfants au restaurant ? Des frites et des nuggets ! » s’indigne Annie Llorca. Derrière ce constat amer, une interrogation majeure : comment s’est-on retrouvé à imposer un menu unique et standardisé aux plus jeunes ?

Les menus enfants sont aujourd’hui très souvent standardisés.
Pour elle, la restauration a perdu son rôle d’initiation et de découverte. À force de simplifier l’offre enfant en misant sur des plats ultra-transformés, la profession a conditionné toute une génération à un goût monolithique, basé sur la friture et le sucré. « Le restaurant, c’est un lieu de socialisation ultra-important. C’est là qu’on peut faire découvrir des saveurs, des textures, des produits de saison. Et pourtant, on sert aux enfants la même chose toute l’année, sans imagination. »
Un problème culturel et économique
L’impact d’un tel format dépasse le simple aspect gastronomique. L’autrice pointe des conséquences préoccupantes : « Si on habitue les enfants dès le plus jeune âge à une alimentation standardisée, ultra-transformée, avec très peu de légumes, on construit une société qui ne connaîtra pas le goût du vrai. »
Elle souligne aussi une contradiction majeure : alors que les tendances alimentaires actuelles valorisent le local, le terroir et les produits bruts, les enfants restent exclus de cette dynamique. « On défend le bon pain au levain pour les adultes, mais on continue à donner du pain blanc sans saveur aux enfants. »
Pire encore, ce format appauvri constitue une opportunité économique gâchée. « Les restaurateurs passent à côté d’un business colossal. Ils ne se rendent pas compte qu’ils pourraient capter une clientèle énorme en repensant leurs offres pour les familles, au lieu de les laisser aux fast-foods. »

Qu’attendent vraiment les familles ?
L’étude quantitative réalisée par Annie Llorca montre que les attentes des parents vont bien au-delà des menus standardisés. Parmi les demandes les plus fortes :
- Un menu enfant de qualité, avec une vraie diversité et des plats sains mais gourmands.
- Une ambiance adaptée aux familles, avec un accueil et un service pensés pour eux.
- Un espace de jeu ou d’animation,
- Un service rapide, essentiel pour éviter l’impatience des plus jeunes.
- Une meilleure accessibilité et praticité (parking, poussettes, commodités).
« 30 % des familles trouvent que la nourriture servie aux enfants est de mauvaise qualité. C’est énorme ! Imaginez un secteur où un tiers de vos clients estime que votre produit est médiocre… »
Repenser le menu enfant : de la contrainte à l’opportunité
Comment dépasser ce modèle figé ? L’autrice propose plusieurs pistes :
- Supprimer les menus enfants monolithiques pour proposer une alternative plus inspirée.
- Adapter les portions des plats adultes en format enfant, au lieu d’inventer des menus simplifiés.
- Miser sur la mise en scène et l’expérience pour rendre les plats plus attractifs.
- Former le personnel à l’accueil des familles et à une vraie compréhension des besoins des enfants.
- Intégrer la saisonnalité pour reconnecter les enfants aux cycles naturels de l’alimentation.
Elle évoque également des initiatives réussies, comme certaines cantines scolaires en avance sur la restauration commerciale grâce à la loi Egalim. À Montpellier, par exemple, la restauration collective a supprimé les fromages industriels sous plastique au profit de fromages locaux, servis en portions adaptées grâce à l’achat d’une trancheuse. « Pourquoi les cantines scolaires feraient mieux que les restaurants ? C’est un non-sens. »

Un modèle à réinventer pour l’avenir
Annie Llorca insiste : il ne s’agit pas de priver les enfants de plaisir, bien au contraire. « Il ne faut pas tomber dans l’austérité ni la punition. L’idée, c’est d’enrichir leur palette gustative tout en leur laissant de la place pour l’amusement et la gourmandise. »
La restauration, loin d’être un simple service, est un vecteur de transmission culturelle et sensorielle. « Si l’on n’offre pas d’alternatives aux enfants aujourd’hui, comment espérer qu’ils apprécient autre chose que des burgers-frites à l’âge adulte ? »
Son message est clair : le goût doit être accessible à tous, et la restauration doit jouer son rôle de passeur culinaire. Il est temps que les professionnels s’emparent de cette révolution, pour offrir aux familles bien plus qu’une simple assiette standardisée.

Foodiclopédia – Le Guide Famille, une étude d’Annie Llorca avec Depur Expériences pour concilier Famille & Hospitality
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