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La fondation FARM a choisi de consacrer sa prochaine conférence internationale qui aura lieu le 28 janvier 2025 à Paris à la mesure de l’impact des investissements et de la manière dont ils peuvent contribuer – ou non – à la transformation durable des agricultures. En amont de cet évènement, nous avons posé 3 questions à Matthieu BRUN, Directeur scientifique de la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM)
Pourquoi avoir choisi de questionner l’efficacité des financements publics et privés des systèmes alimentaires mondiaux ?
Toutes les agricultures du monde, au Nord et au Sud, sont confrontées à des défis majeurs : adaptation au changement climatique, préservation des ressources naturelles, augmentation en quantité et qualité des besoins alimentaires et certaines dans les pays en développement doivent intensifier leur production de manière écologique. Il est aussi de plus en plus demandé aux acteurs des filières de mesurer et de comprendre leur impact, mais c’est un exercice difficile surtout sur des chaines de valeur longues et complexes. Nous voulons surtout comprendre quelles seront les conséquences pour les producteurs, il ne faudrait pas que cette mesure d’impact ne repose que sur leurs épaules sans moyens dédiés. En tant que think tank, FARM cherche donc à créer du dialogue et à identifier les leviers clé pour transformer les systèmes alimentaires.
Quels sont les publics concernés par votre évènement ?
Nous convions lors de cette journée – diffusée également en streaming – à la fois des productrices et producteurs agricoles, des entreprises des filières, des banques publiques, privées, dédiées à l’agriculture ou universelles, mais aussi des fonds d’investissement, des chercheurs, des décideurs publics et des médias français et internationaux. Le 28 janvier prochain, nous verrons qui sont les acteurs du financement ? Quelles sont les contraintes qui pèsent sur eux ? Comment faire une mesure d’impact plus inclusive ? Comment ces investissements changent les pratiques agricoles ? Je pense par exemple à la collaboration Max Havelaar France avec les organisations de producteurs des pays du Sud et dont le Directeur sera présent.
Quels sont vos messages clés ?
Même si les difficultés d’accès aux données restent un frein, il y a un contexte favorable avec de nouvelles méthodes comme l’IA ou les données satellites. Nous souhaitons pousser pour que la mesure de l’impact ne soit pas qu’un exercice de communication, qu’elle permette de rendre compte, de tracer et d’assurer la confiance du producteur au consommateur tout en donnant un cap et des outils d’adaptation permettant de regarder devant, avec des solutions qui peuvent être mises à l’échelle. J’insiste aussi sur le fait que la responsabilité de la transition ne peut peser que sur les épaules des producteurs. Elle doit être partagée et nécessite de bien définir les rôles et les engagements de chacun, en tenant compte de leur capacité économique à supporter les coûts et risques associés.
Conférence FARM le 28 janvier 2025 : « Transformer les agricultures : mesurer l’impact pour mieux investir ? » Programme et lien d’inscription : https://fondation-farm.org/actualite/transformer-les-agricultures-mesurer-limpact-pour-mieux-investir/
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1 Marque ou 1 entreprise qui change la donne ?
ETHIQUABLE, une entreprise solidaire d’utilité sociale, parce que j’ai vu l’impact de leur modèle sur le terrain auprès des cacaoculteurs ivoiriens et parce qu’ils agissent pour un meilleur partage de la valeur ajoutée, sans faire peser des injonctions de remise en cause du commerce ou de repli sur soi.
1 Innovation particulièrement remarquable ?
On parle souvent des crédits carbone, et avec le programme Tourba (la terre en arabe), InnovX propose une rémunération via des crédits carbone des pratiques d’agriculture durable, dans plusieurs pays africains et au Brésil, le producteur s’y retrouve en étant rémunéré pour ses efforts, notamment dans la protection des sols.
1 Personnalité particulièrement inspirante ?
Assata Doumbia, une présidente de coopérative agricole, qui passe de la brousse ivoirienne aux grands salons internationaux, engagée pour son territoire et sa coopérative c’est une femme inspirante que je vous invite à découvrir le 28 janvier lors de la conférence de FARM
Matthieu Brun, directeur scientifique de la Fondation pour l’agriculture et la ruralité dans le monde (FARM), est docteur en science politique et chercheur associé à Sciences Po Bordeaux au sein du laboratoire du CNRS «Les Afriques dans le monde». Il est membre du comité de rédaction de la revue «Confluence Méditerranée» et a codirigé Le Déméter, ouvrage annuel de référence sur la géopolitique de l’agriculture et de l’alimentation (IRIS Éditions). Il a toujours travaillé à l’intersection entre la recherche, l’action publique et la stratégie des entreprises, que ce soit au Club DEMETER où il était responsable des études et des partenariats ou encore au Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes ou à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri – Sciences Po). Matthieu a enseigné dans les universités, écoles de commerce et d’agronomie et publie régulièrement dans la presse et les revues scientifiques.
