Le 18 janvier 2022, une candidate à l’élection présidentielle s’enflamme au micro d’Europe 1 : « Le Nutri- Score, pas d’accord pour le Roquefort ! », question de bon sens selon elle, mais aussi un goût de « c’était mieux avant », avant les exigences de transparence de la part des consommateurs.
Définitions :
La transparence, du latin « trans » (à travers) et « parere » (montrer), est la propriété de ce qui montre tout, de ce qui ne camoufle rien.
Disclosure en anglais, de closure : ce qui est fermé.
Adieu Veaux (aux hormones), vaches (folles), cochons (aux nitrites) : la transparence est née de la lutte contre les risques pour notre santé.
Les grandes crises sanitaires des années 80, vache folle, veaux aux hormones notamment, ont porté un coup à la confiance des consommateurs. Elles ont conduit les pouvoirs publics à mettre en place des règlementations pour protéger les consommateurs et d’abord les informer sur ce qu’ils consomment. Tout est parti de là, protéger la santé des citoyens. Le premier PNNS est mis en place en 2001, le quatrième est en cours. La règlementation INCO voit le jour en 2011, le Nutri-Score en 2014 et sa généralisation via les applications le rendent accessible en un click. Progressivement, les consommateurs se sont approprié ces outils, les combinant avec les autres engagements des industriels et producteurs, les labels et les certifications.
Émissions de GES, biodiversité, souffrance animale, rémunération des producteurs : l’exigence de transparence s’étend depuis 10 ans aux autres piliers de la RSE, enjeux environnementaux, éthiques et sociétaux.
Émettrice de 19% des Gaz à Effet de Serre (GES), notre alimentation est la seconde cause du changement climatique en France, après le transport (31%) (source CIPETA). La question s’est donc invitée dans nos assiettes et avec elle, celles de la biodiversité, produire au détriment de certaines espèces et de la pollution, du plastique et des emballages. D’une préoccupation de santé, individuelle et à court terme, les consommateurs ont étendu leur regard à des préoccupations d’intérêt général et à moyen et long terme, qui, in fine, concerneront leur santé un jour ou l’autre.
En parallèle, les questions éthiques, notamment celle de l’homme et de l’animal, sont devenues un courant important de la philosophie de la fin du 20e siècle – de Gilbert Simondon dans les années 60, « Deux leçons sur l’animal et l’homme », à Elisabeth de Fontenay dans les années 90, « Le silence des bêtes ». Ces réflexions irriguent celles des citoyens aujourd’hui.
Les questions sociétales enfin, conditions de vie des producteurs et des communautés, sont, quant à elles, devenues un sujet d’intérêt et déjà un positionnement marketing efficace et crédible (Label Max Havelaar créé en 1988, « C’est qui le patron » en 2016).
C’est ainsi que les consommateurs souhaitent savoir de quoi il retourne sur les 4 piliers de la RSE qui sont concernés par notre alimentation : la santé, l’environnement, l’éthique et le développement des communautés.
Et c’est pourquoi, l’information des consommateurs, la transparence donc, est l’une des exigences de la norme RSE (ISO 26 000) : « Question relative aux consommateurs ». Elle n’est pas une dimension « à côté » de la démarche RSE, mais l’une de ses composantes même.
« Discloser », le terme anglais est très parlant, est l’un des piliers de toute démarche RSE engagée et durable, c’est vrai en matière d’information des consommateurs tout comme ça l’est en matière d’information pour les investisseurs et actionnaires (reporting extra financier bientôt renforcé par la CSRD).
Ainsi, comme le Cochon de la fable* qui hurle dans la charrette qui le conduit à la foire pour y être transformé en jambon, les consommateurs souhaitent avoir leur mot à dire sur leur sort alimentaire, et pour commencer savoir ce qu’ils mangent.
Mieux lotis que le Cochon, ils pourront – peut-être – éviter une fin funeste en faisant un choix éclairé pour leur alimentation.
Quant à la Chèvre et au Mouton, ils cheminent inconscients et silencieux vers l’atelier du boucher.
*Le Cochon, la Chèvre et le Mouton
Jean de La Fontaine, Fables de La Fontaine,
Une Chèvre, un Mouton, avec un Cochon gras,
Montés sur même char, s’en allaient à la foire :
Leur divertissement ne les y portait pas ;
On s’en allait les vendre, à ce que dit l’histoire :
Le Charton n’avait pas dessein
De les mener voir Tabarin
Dom Pourceau criait en chemin
Comme s’il avait eu cent bouchers à ses trousses.
C’était une clameur à rendre les gens sourds :
Les autres animaux, créatures plus douces,
Bonnes gens, s’étonnaient qu’il criât au secours ;
Ils ne voyaient nul mal à craindre.
Le Charton dit au Porc : Qu’as-tu tant à te plaindre ?
Tu nous étourdis tous ; que ne te tiens-tu coi ?
Ces deux personnes-ci, plus honnêtes que toi,
Devraient t’apprendre à vivre, ou du moins à te taire.
Regarde ce Mouton ; a-t-il dit un seul mot ?
Il est sage. Il est un sot,
Repartit le Cochon ; s’il savait son affaire,
Il crierait comme moi, du haut de son gosier,
Et cette autre personne honnête
Crierait tout du haut de sa tête.
Ils pensent qu’on les veut seulement décharger,
La Chèvre de son lait, le Mouton de sa laine.
Je ne sais pas s’ils ont raison ;
Mais quant à moi, qui ne suis bon
Qu’à manger, ma mort est certaine.
Adieu mon toit et ma maison.
Dom Pourceau raisonnait en subtil personnage :
Mais que lui servait-il ? Quand le mal est certain,
La plainte ni la peur ne changent le destin ;
Et le moins prévoyant est toujours le plus sage

